Types d'épidermolyse bulleuse congénitale

Les patients et patientes atteints d'épidermolyse bulleuse (EB) congénitale souffrent d'une grande fragilité de la peau ou des muqueuses, qui développent des cloques au moindre frottement ou stress mécanique. Le corps médical classifie l'EB en plusieurs types selon la couche cutanée où se forment les lésions et selon les protéines ou gènes impliqués. Bien identifier les types d'épidermolyse bulleuse congénitale permet au corps médical de prévoir l'évolution de la pathologie, de planifier les soins et d'accompagner au mieux les personnes touchées ainsi que leurs familles.
Quels sont les différents types d'épidermolyse bulleuse ?
La classification de l'EB repose sur la partie de la structure cutanée affectée et sur les mutations génétiques spécifiques en cause. Ce système distingue quatre types principaux, chacun regroupant plusieurs sous-types qui se différencient par leur degré de sévérité, la répartition des cloques et d'autres signes cliniques associés. Une identification précise de ces types et sous-types est indispensable pour élaborer un plan de prise en charge et un traitement de l'épidermolyse bulleuse parfaitement adaptés à chaque individu.
Épidermolyse bulleuse simple (EBS)
L'épidermolyse bulleuse simple (EBS) se caractérise par l'apparition de cloques au sein de l'épiderme, la couche la plus superficielle de la peau. Forme la plus fréquente d'EB héréditaire, elle se manifeste souvent dès la naissance ou durant la petite enfance. Dans l'EBS, des anomalies touchant les protéines structurelles du cytosquelette des cellules cutanées rendent l'épiderme plus vulnérable aux contraintes mécaniques. Par conséquent, des cloques se forment en réaction à des frictions ou des chocs, même légers.
Les mutations génétiques les plus souvent liées à l'EBS concernent les gènes de la kératine 5 (KRT5) et de la kératine 14 (KRT14). Ces gènes produisent les protéines de kératine garantes de la structure et de l'intégrité des cellules épidermiques. Lorsque ces protéines sont défaillantes, la couche basale de l'épiderme ne peut plus résister aux forces de cisaillement entre les cellules, ce qui provoque la formation de cloques. L'EBS suit un mode de transmission autosomique dominant : un seul gène muté provenant de l'un des parents suffit à transmettre la maladie.
La sévérité de l'EBS est variable. Si certaines personnes présentent des cloques légères localisées aux mains et aux pieds, d'autres connaissent des atteintes plus diffuses pouvant toucher les muqueuses. En règle générale, l'EBS ne laisse pas de cicatrices, car les lésions se situent dans l'épiderme et non dans les couches plus profondes.
Épidermolyse bulleuse jonctionnelle (EBJ)
L'épidermolyse bulleuse jonctionnelle (EBJ) résulte de défauts touchant les protéines de la lamina lucida, une zone de jonction située entre l'épiderme et le derme. L'EBJ apparaît généralement dès la naissance ou dans les premiers mois de vie. Elle suit le plus souvent un mode de transmission autosomique récessif, ce qui signifie que la personne atteinte hérite de deux copies du gène muté, une de chaque parent.
Les protéines impliquées dans l'EBJ sont indispensables pour ancrer la couche externe de la peau aux tissus profonds. Des mutations des gènes tels que LAMB3 et LAMC2, responsables de composants de la laminine et du collagène, affaiblissent ce lien. Les cloques se forment alors plus en profondeur, entraînant des pertes cutanées plus importantes et des complications au niveau des muqueuses, comme la bouche, les yeux ou le système gastro-intestinal.
L'EBJ revêt différentes formes, allant de cas modérés à des pronostics vitaux engagés dès la petite enfance. Certains sous-types touchent également d'autres tissus, comme les dents ou les cheveux, illustrant l'importance systémique des protéines en cause.
Épidermolyse bulleuse dystrophique (EBD)
L'épidermolyse bulleuse dystrophique (EBD) affecte la zone située sous la lamina densa, dans le derme supérieur. Elle est causée par des mutations du gène COL7A1, qui produit le collagène de type VII, une protéine essentielle à la formation des fibrilles d'ancrage liant l'épiderme au derme. En l'absence ou en cas de défaillance de ces fibrilles, les couches de la peau se séparent à la moindre pression, causant la formation de cloques.
L'EBD se transmet selon un mode autosomique dominant ou récessif, les formes récessives étant souvent les plus sévères. Les patient(e)s souffrent de cloques dont la cicatrisation lente entraîne des marques étendues, pouvant mener à la fusion des doigts et des orteils (pseudosyndactylie). Les plaies chroniques sont fréquentes et le risque de développer un carcinome épidermoïde, une forme de cancer de la peau non mélanome, sur ces lésions anciennes augmente au fil du temps.
Parmi les nombreux sous-types d'EBD, les formes dominantes sont généralement associées à des symptômes plus modérés, tandis que les formes récessives engendrent souvent des complications plus graves au niveau des muqueuses. Le degré de cicatrisation et l'impact sur l'autonomie varient selon les individus et les sous-types.
Syndrome de Kindler (SK)
Le syndrome de Kindler (SK) se distingue des autres grands types d'EB par la complexité des lésions, qui peuvent se former à plusieurs niveaux de la peau. Il est provoqué par des mutations du gène FERMT1, altérant la production de kindline-1, une protéine indispensable à l'adhésion cellulaire et à l'intégrité cutanée.
Cette pathologie évolue avec l'âge et les symptômes tendent à s'accentuer au fil du temps. Si les jeunes enfants présentent d'abord une peau fragile sujette aux cloques, ils développent en grandissant une sensibilité accrue au soleil (photosensibilité), des troubles de la pigmentation, ainsi qu'un amincissement et une atrophie des tissus cutanés, entre autres. Les muqueuses, notamment buccales et gastro-intestinales, peuvent également être touchées.
Puisque le syndrome de Kindler affecte la résistance de la peau aux rayons UV autant qu'aux chocs mécaniques, les personnes atteintes doivent bénéficier d'une protection solaire rigoureuse et d'une attention particulière pour éviter toute blessure par frottement.
Références
- Has C, et al. Inherited epidermolysis bullosa: updated classification and recommendations. Br J Dermatol. 2020. Disponible à l'adresse : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3750879/
- Piel de Mariposa. Types of EB [Internet]. Disponible à l'adresse : https://pieldemariposa.es/en/types-of-eb/
- MSD Manuals. Epidermolysis bullosa: Dermatologic disorders [Internet]. Disponible à l'adresse : https://www.msdmanuals.com/professional/dermatologic-disorders/bullous-diseases/epidermolysis-bullosa
1er septembre 2026